Dans la déliquescence de l’empire des tsars, le Georgie avait gagné son indépendance le 26 mai 1918, un rêve qui aura duré trois ans jusqu’à ce que la patrie de Staline soit annexée de force à la nouvelle URSS. Ce jour emblématique pour la nation géorgienne a été choisi par le président Mikhaïl Saakachvili pour annoncer le transfert solennel du Parlement à Koutaïssi, la deuxième ville du pays.
Cette décision s’inscrit dans une double volonté politique de décentralisation et de protection des institutions pour les mettre à l’abri d'une menace potentielle compte tenu des séparatismes régionaux pro-russes.
Au pouvoir depuis 2004, le président Saakachvili a focalisé son action sur l'économie afin de rompre avec la situation trouble de la période post-soviétique, une politique qui s'inscrit également dans une démarche de modernisation de l'administration et de lutte contre la corruption.
Dans le domaine économique, les investisseurs sont particulièrement courtisés alors que la Géorgie est engagée dans des réformes libérales. La Géorgie a ainsi reçu 800 millions de dollars d'investissement direct à l'étranger en 2011. C'est bien en dessous des niveaux de 2007 (2 milliards de dollars), mais encore faut-il rappeler que la guerre avec la Russie en 2008 a affaibli l'économie du pays.
L'autre cheval de bataille du gouvernement géorgien, c'est la lutte contre la corruption. Aux niveaux intermédiaires, cette pratique a été éradiquée, la Géorgie faisant même mieux que l'Italie selon le classement 2011 de Transparency International. Conséquence : le nombre d’entreprises qui citent la corruption comme un obstacle à leur activité a baissé de 60% à 39% entre 2002 et 2005.
Dynamiser d'autres territoires alors que le gouvernement géorgien est engagé sur des projets qui pourraient fortement dynamiser le territoire au-delà de la région capitale (projet de ville nouvelle à Lazika, sur la Mer Noire, passage de l'oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan), c'est aussi la motivation de ce déménagement pour Koutaïssi, mais pas seulement.
En effet, l’amélioration de l'environnement des affaires reste un enjeu stratégique pour le pays, d'autant plus qu'il souffre encore de tentative de déstabilisation. Le conflit latent avec la Russie et les tensions politiques dans les régions sécessionnistes continuent à affecter l'économie et la stabilité du pays. Déménager le Parlement est aussi un moyen de mieux éparpiller régionalement l'appareil du pouvoir politique et économique.
Le contexte politique est en effet tendu. En octobre se tiendront des élections législatives pour lesquelles Mikhaïl Saakachvili sera face à un nouvel opposant dans le paysage politique géorgien : Bidzina Ivanishvili. Mais le passé de l'homme est plus que trouble. Après avoir fait fortune en Russie, aujourd'hui à la tête d'une fortune de plus de quatre milliards de dollars, Ivanishvili veut prendre le pouvoir en Géorgie. Mais cette perspective inquiète d'autant plus que son tropisme pro-Russe n'ouvrirait rien de bon pour l'avenir d'un pays qui cherche précisément à se défaire de l'emprise de Moscou.
