Le choc politique de ces derniers jours semble avoir encore de belles heures devant lui alors que Jean-François Copé et François Fillon cherchent un terrain d’entente pour résoudre cette crise majeure. Mais même l’intervention d’Alain Juppé ne semble pas être en mesure d’éteindre le feu qui a éclaté dans le principal parti de la droite française.
Alain Juppé a été appelé à la rescousse pour résoudre cette crise qui pourrait bien faire éclater l’UMP, parti dont il est l’un des fondateurs. C’est donc volontiers, même si sans doute amèrement, que l’ancien premier ministre s’est dévoué à la tâche de défaire cet imbroglio électoral. Aujourd’hui, vendredi 23 novembre, à midi il a posé ses conditions.
M. Juppé demande que tous « les membres de la Commission nationale des recours, qui avaient pris position pour l’un ou pour l’autre, se déportent » afin, sans doute, de garantir une certaine neutralité dans un sujet très délicat. Le résultat de la commission pourrait faire changer la tête de la présidence de l’UMP puisqu’il est question de seulement quelques votes de différence.
Mais voilà que les conditions pour celle qu’Alain Juppé a qualifiée de « mission de quinze jours pour faire baisser la température » ne sont pas acceptées par la Commission nationale des recours. Moins de deux heures après la demande, le président de la Commission a déclaré rejeter ces conditions : « On ne peut pas remodeler une commission élue par les militants » explique sur I-Télé Valérie Debord.
Du coup, Alain Juppé a décidé de ne plus se prononcer sur la question jusqu’à, au moins, la rencontre prévue dimanche prochain avec les deux aspirants présidents de l’UMP. C’est une affaire extrêmemnt délicate qui attend le maire de Bordeaux, entre les fraudes en métropole et les oublis d’urnes dans les DOM TOM. Des irrégularités ont été dénoncées un peu partout mais deux ont été particulièrement reprises par la presse.
L’un de ces deux scandales a été dévoilé par Jérôme Lavrilleux, le directeur de cabinet de Jean-François Copé. Il accuse Eric Ciotti, directeur de campagne de François Fillon, d’avoir « bourré les urnes » dans sa circonscription : le nombre de bulletins de vote étaient largement supérieur au nombre d’inscrits et au nombre de signatures sur les listes d’émargement.
Eric Ciotti se défend de toute irrégularité et a déjà annoncé une plainte en diffamation à l’encontre de M. Lavrilleux mais ce dernier estime que les « 128 enveloppes de trop » sont « le signe manifeste d’un bourrage d’urnes massif ». Eric Ciotti, si l’affaire se révélait être exacte, pourrait bien être une des principales causes de cette affaire qui fait trembler la classe politique de la droite française. Que le directeur de campagne d’un des candidats à la présidence soit à l’origine du risque d’explosion de l’UMP serait une première dans l’histoire politique française et n’est sans doute pas quelque chose qui s’est produit très souvent dans le monde.
Mais outre l’affaire Ciotti, qui touche malgré tout très fortement l’UMP vue la position que M. Ciotti a au sein du parti et du rôle qu’il a joué dans la campagne, la seconde irrégularité qui a été la goutte de trop ont été les bulletins de vote non comptabilisés. Ces votes, issus des bureaux de trois circonscriptions d’Outre-Mer feraient pencher la balance pour François Fillon. Une information confirmée par la Cocoe (commission électorale de l’UMP) elle-même. Ces suite à cette révélation que l’affaire Copé-Fillon a véritablement éclaté puisque la présidence de l’UMP passerait d’un candidat à l’autre et que, bien entendu, chacun des deux candidats estime être celui choisi par les militants pour mener le parti.
Qui que soit le président de l’UMP à la fin de cette affaire, il est certain que le parti de Nicolas Sarkozy, qui a déclaré suivre de près cette affaire par ailleurs, en ressortira affaibli et qu’une véritable tâche difficilement lavable s’est incrustée dans l’image du parti, ce qui jouera peut-être lors des prochaines élections. Si toutefois le parti en sort encore uni.